La Peste noire au moyen-âge

La Peste noire au moyen-âge

« J'attends la mort parmi les morts... »

La mortalité causée par la Peste Noire de 1348-1349 reste l'un des faits majeurs de l'histoire du deuxième millénaire et permet de remettre en perspective l'épidémie de Covid-19 qui frappe actuellement le monde.

Qu'on en juge les simples chiffres : les recherches les plus récentes tendent à démontrer que le taux de mortalité de la Peste Noire se situait autour de 60% en moyenne !... quand le taux de mortalité du Covid-19 (et c'est heureux...) se situe entre 2,3% et 7,2% en fonction des pays et de la transparence de leurs statistiques.

Incontestablement, l'épidémie de Peste Noire qui a frappé le Moyen Age fut donc d'une toute autre ampleur et ses conséquences démographiques, sociales, psychologiques et économiques furent bien plus profondes.

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Ci-dessus : AKG8048072. La Peste à Tournai en 1349 : enterrement de victimes de l'épidémie. Cette scène montre la surmortalité lié à la maladie avec le grand nombre de cercueils. in Gilles li Muisis, "Antiquitates Flandriae" (tome 2), ms. 13077, fol. 24 v. Miniature, 14e siècle (Piérart dou Tielt, miniaturiste). Bruxelles, Bibliothèque Royale. © akg-images

En quelques années, entre 1348 et 1352, c'est probablement entre un quart et la moitié de la population occidentale qui succomba à l'épidémie de peste.

La carte ci-dessous montre la propagation de l'épidémie à tout l'Occident en quelques années... nul pays, nulle contrée ne furent épargnés...

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Carte extraite de "The origin and early spread of the Black Death in Italy : first evidence of plague victims from 14th-century Liguria (northern Italy)", © D. Cesana, O.J. Benedictow, R. Bianucci.

La Peste Noire fut une épidémie de peste bubonique, désignée par les contemporains comme le "mal noir" en raison des tâches sombres qui couvraient le corps des malades. Sa première manifestation nous est rapportée dans l'armée du Khan de Kiptchak qui assiégeait le comptoir génois de Caffa en Crimée en 1347.

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Ci-dessus : AKG50378. Jan Brueghel (1568–1625), "Le Triomphe de la Mort" (détail).
(Copie d’une peinture de son père Pieter Brueghel). Huile sur toile, 119 × 164 cm. Graz, Alte Galerie in the Landesmuseum Johanneum. © akg-images

Pour les hommes du 14e siècle, la peste fut une maladie nouvelle dont ils cherchèrent d’emblée les causes : conjonction néfaste des astres, apparition d’une comète dans le ciel, vapeurs nauséabondes surgissant des entrailles de la terre lors d’un séisme ou s’élevant au-dessus des cadavres des soldats sur les champs de bataille, désordre climatique (orage, sécheresse ou inondation), famine. Sans compter l’explication fournie par l’Eglise : Dieu punit les hommes pour leurs péchés.

La fuite

La terreur qu’inspire la peste engendra des réactions de fuite ; le conseil avait été donné autrefois par Hippocrate ; ce faisant, les malades propagèrent davantage l’épidémie. Lors des épidémies au moyen-âge, on pensait qu’il fallait fuir le plus tôt, le plus loin et revenir le plus tard possible. Ainsi, en 1586-1587, les consuls et la plupart des médecins de Marseille quittèrent la ville ; et si, plus tard en 1720, le Régent fit édifier le « mur de la peste » en Provence, ce fut pour empêcher les marseillais qui fuyaient la ville de venir contaminer le reste du royaume.

En temps de peste, les pauvres gens, serviteurs, petits marchands, artisans qui ne savaient où aller, restaient sans travail donc sans ressources et virent la misère s’ajouter à la peur de la maladie. Il arriva même que les autorités, pour éviter la fuite des plus riches et la faillite de l’économie et pour éviter des scènes de panique collective, mentent aux populations en omettant de mentionner le mot de « peste », ne parlant que de « mal contagieux ». Aujourd'hui, le gouvernement est accusé d'avoir menti sur le port du masque pour en cacher la pénurie et éviter des phénomènes de panique. Que de parallèles saisissants !

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Ci-dessus : AKG8048071. La Peste à Tournai en 1349 : Juifs brûlés vifs sur un bûcher. in Gilles li Muisis, "Antiquitates Flandriae" (tome 2), ms. 13077, fol. 12 v. Miniature, 14e siècle (Piérart dou Tielt, miniaturiste). Bruxelles, Bibliothèque Royale. © akg-images

Recherche de boucs émissaires

La recherche de boucs émissaires fut - hélas - la suite logique au déclenchement d’une épidémie. Lorsque les foules constataient que ni les médecins, ni les processions, ni les prières n’arrêtaient la peste, elles cherchèrent des boucs émissaires et dès 1348 les juifs furent accusés d’avoir empoisonné les fontaines ; le peuple s’ameuta contre eux, qui tenaient en leurs mains une grande partie du commerce et des finances. Des bûchers s’allumèrent en Espagne, Provence, Suisse, Allemagne, Flandres, tandis que leurs biens étaient confisqués, entraient dans les recettes des églises et des communes. A Mayence en 1349, près de six cents juifs furent brûlés en quelques jours et le feu fut si intense qu’il fit fondre le plomb des vitraux de l’église Saint-Quirius auprès de laquelle se dressaient les bûchers. A Chambéry, les juifs ayant été conduits dans les prisons du Château, la foule se rua sur eux et les massacra.

Imminence de la mort

Les bouleversements sociaux furent innombrables. Par exemple, la rédaction des testaments : l’imminence de la mort incita bien des malades à préciser leurs dernières volontés, ce qui était relativement nouveau à l'époque. Le problème était que le mourant ignorait souvent que son ou ses héritiers étaient déjà morts à cause de la peste : il s’ensuivit, après chaque épidémie, des batailles juridiques qui faisaient la fortune des avocats.

Des logiques de lutte communes à toutes les époques

Pour tenter de limiter la propagation de la maladie, les villes s'organisèrent pour identifier les foyers de contamination en marquant les maisons des pestiférés. Ces marques variaient d’une ville à l’autre ; une large croix de Saint-André noire à Duderstadt, une croix latine surmontant la prière « Lord have mercy upon us » à Londres. Des « marqueurs » étaient désignés pour marquer les maisons infestées. Six siècles plus tard, avec les moyens techniques dont on dispose, on tentera aussi de circonscrire la propagation de l'épidémie en traçant les malades à l'aide d'une application de tracking. Les pandémies ont des logiques communes qui induisent des solutions comparables d'une époque à l'autre, avec des variations dues aux progrès techniques et scientifiques.

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Ci-dessus : AKG88920. “Croix de peste”. (Avec inscriptions en gothique “Pest” peintes sur les maisons des victimes de la peste pendant l’épidémie de 1682/83 à Duderstadt, Basse-Saxe, pour signaler le danger de contagion). Hôtel de ville de Duderstadt, exposition historique. © akg-images

Lutte collective

C’est à Venise que la lutte collective s’organise pour la première fois. Dès la fin du 14e siècle, les autorités vénitiennes avaient pris des mesures de lutte collective et nommèrent des provveditori alla sanita chargés d’édicter des règlements qui, au cours des siècles et par de nombreux pays, seront repris, améliorés et augmentés. Il s’agissait aussi en général d’engager du personnel chargé de nettoyer les rues et de transporter les ordures hors de la cité ; de signaler les maisons contaminées soit par une croix peinte, soit par une botte de paille suspendue au-dessus de celle-ci ; d’assurer une garde permanente aux portes de la ville, empêchant quiconque d’y entrer ou d’en sortir sans permission ; de ramasser les morts dans des charrettes et de les enterrer dans des fosses creusées hors de l’enclos paroissial ; de construire des huttes ou des cabanes, destinées à héberger les malades et brûlées une fois l’épidémie terminée ; de conduire au lazaret ou aux huttes les malades soupçonnés de peste et les surveiller afin que les convalescents ne regagnent leurs maisons qu’une fois la guérison assurée. Là encore, on croit quasiment revivre les mêmes mesures à six siècles d'écart.

Abondance de cadavres

L’abondance des cadavres et la nécessité de les enterrer au plus vite ont posé très tôt le problème de leur transport vers des fosses. Les corps, ramassés dans les rues ou lancés par les fenêtres, s’entassaient dans des charrettes. A un moment donné, la mortalité croît tellement rapidement qu’il n’est plus possible d’enterrer les morts individuellement : ils sont déversés sans même un linceul dans des fosses ouvertes n’importe où.  Il appartenait aux autorités municipales de placer les navires et leurs occupants en quarantaine en provenance de pays touchés par l’épidémie. Dans ce cas, les voyageurs étaient conduits au lazaret (le premier fut installé à Venise en 1423 dans le couvent Santa Maria Di Nazareth : l’origine du mot « lazaret » proviendrait justement de la déformation du nom « Nazareth »).

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Ci-dessus : AKG3107620. Lazaret de la Währinger Straße à Vienne (Hôpital construit en 1540, en usage jusqu’en 1713/14). Gravure, 1679, d'après Lodovico Ottavio Burnacini (1636–1707). Collection privée. © akg-images

La Danse Macabre

L'une des conséquences artistiques majeures de l'épidémie de peste fut l'apparition du motif de la danse macabre sur les murs et les fresques des églises. La première danse macabre semble être réalisée à Paris, au Charnier des Saint-Innocents en 1424. Elle se nourrit des inquiétudes des temps de crise en y répondant par la force de l'imaginaire. Par cette sarabande qui mêle morts et vivants, la Danse macabre souligne la vanité des distinctions sociales, dont se moque la mort, fauchant le pape comme le pauvre prêtre, l'empereur comme le lansquenet. Cette leçon morale adressée aux vivants est directement tirée de l'expérience des artistes lors des épidémies de peste qui frappèrent indistinctement les puissants comme les plus humbles.

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Ci-dessus : AKG3704238. Danse Macabre, "La Mort, l'empereur et le roi". Aquarelle d'après Manuel Niklaus, 1649. Berne, Bernisches Historisches Museum. © Dagli Orti / New Picture Library / akg-images

Sa composition se fait de manière hiérarchique : elle fait d'abord entrer les « grands » (pape, empereur, roi, cardinal ou patriarche) puis descend l'échelle sociale en faisant entrer les « petits » (laboureur, enfant, cordelier, ermite). Les vivants sont donc des personnages représentant les différentes strates sociales et les morts sont squelettiques, dansent, font des cabrioles, se moquent et entraînent vers la mort les vivants, en s'affublant de leurs attributs (couronne, épée, instruments de musique).

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Ci-dessus : AKG3703515. L'Evèque et la Mort, Danse Macabre. Fresque de l'église San Vigilio, Trentin-Haut Adige, Italie, 16e siècle. © Dagli Orti / New Picture Library / akg-images

Incontestablement, l'épidémie de Peste Noire au moyen-âge fut un des moments critiques de l'histoire de l'Occident. Les parallèles, toutes proportions gardées, avec l'épidémie de Covid-19 ne manquent pas : l'étude de l'histoire permet d'éclairer le présent. Ne l'oublions jamais !

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